Etude diachronique

Etude diachronique des termes désignant les policiers :

 POLIS, POLITEIA, POLITIA, POLLICE, POLICE.

Le mot ” police ” appelle quelques précisions terminologiques. Il vient du latin politia qui, lui-même, trouve son origine dans le grec politeia (art de gouverner la cité), lequel dérive du mot polis (cité, ville). En vieux français, pollice signifiait ” gouvernement “. Au fil des ans, le mot s’est limité à la gestion d’une cité pour acquérir son sens actuel d’organe, de règle et de mission permettant d’assurer le maintien et le rétablissement de l’ordre public.

Chaque profession, chaque métier possède en propre un ensemble de mots plus ou moins important qui constitue la terminologie de l’activité en question. C’est ainsi que le corps policier arbore un vocabulaire spécial, un technolecte, souvent inintelligible pour les profanes.

De plus, la langue des policiers est caractérisée par son extraordinaire richesse lexical

Les noms argotiques du policier relèvent de différentes matrices.

  • La première est fondée sur l’image du policier en civil, du poulet, qui explique le paradigme suivant: perdreau, piafpoulardinpoulmanroyco (une marque de potage au poulet),hirondelle, ainsi que poulaillemaison poulagavolaille pour la police, etc. La seconde matrice concerne les policiers en uniforme qui sont supposés avoir des manières brutales: ce sont les cognes (ils cognent), des bourres (ils vous bourrent de coups) et de là des bourrins ou des bourriques .
  • le vocabulaire employé par la police elle-même: planton (faire le planton devant le 36), faire la plante verte, mitonner. Nous avons une série synonymique des verbes métaphoriques désignant la maladresse du policier: avoir le coup de chaleur, se faire brûler, se faire griller, se faire caraméliser, se faire mordre, se faire cramer, se faire détroncher.
  • Dans le vocabulaire employé par les voyous pour désigner les policiers, la série de transpositions métaphoriques animalières est remarquable: les volatiles – pouletperdreaupiafhirondelle; les équidés – bourrebourrinbourriqueroussin; autres –arnouchlapin ferré. Nous trouvons également une série de métaphores jouant sur une caractéristique du policier et employées de façon dépréciative: cow-boy, Starsky, fouille-merde, cogne, bourrezombie, mickeypastaga-calvabiturinblair/e. Nous avons trouvé quelques métaphores qui jouent avec des objets propres aux policiers: papillon pour l’avis de conravention (on le considérera comme une métaphore, si on prend en compte la légèreté du vol de cet insecte, ou comme une métonymie, si on associe le papillon à la déformation du mot papier), gomme (valeur métonymique si on considère uniquement que la matière désigne l’objet, mais valeur métaphorique, si le sens rappelle celui qui permet d’effacer … la faute, voire le sourire…); nous pouvons ajouter à ces exemples les termes suivants: sous-marincagecuvetube pour la voiture de police banalisée; moulin à café pour l’hélicoptère de police; épinglespincespincettesgourmettesbracelets pour les menottes; maison poulagamaison poulaillepoulaille pour la police.
  • La série des métaphores, qui portent sur certaines actions de la police contre les malfaiteurs, est aussi assez longue: borgnoter, ferrer, loger, mettre au chaud, coincer, faire tomber, faire une descente, prendre aux pattes.
  • Les véhicules avec lesquels circulent les policiers sont caractérisés par les termes suivants: borgnotte, sous-marin, soum, cuve, tube, cage, cageot, cagette, et pour les voitures des malfaiteurs: caisse, tire, reti, merguez, couscous, sauccisson, turv, turvoi, quesse, secai, sucai, tuture, guingue, guinde, grosse allemande, nase
  • Schmidts, flics, keufs, kisdés, condés… Il existe une longue liste de synonymes argotiques et leurs dérivés en verlan pour désigner les policiers. Mais l’appellation qui est encore la plus populaire et trans-générationnelle est probablement celle des Poulets.

S’il est peut-être un peu difficile de donner une étymologie certaine aux premiers exemples, le terme « poulet » a une origine plus fiable, d’ailleurs confirmée par le ministère de l’Intérieur lui-même.

Durant la commune de Paris, les bâtiments de la police parisienne brûlent. En 1871, la Préfecture de Police de Paris s’installe dans un nouveau siège. Il s’agit de la caserne de la Cité, sur l’île de la Cité, mise à disposition par Jules Ferry.
Cette caserne avait été construite sur l’emplacement de l’ancien marché aux volailles de la capitale. Le sobriquet de poulet ne tarde alors pas à venir qualifier les policiers parisiens puis nationaux.

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